Ousmane Sonko : "Ce gouvernement n’est pas à la hauteur"


Vous avez beaucoup interpellé le gouvernement durant le marathon budgétaire. Êtes-vous satisfaits des réponses fournies ?

J’ai soulevé beaucoup de questions à tous les ministères et je n’ai pas eu de réponses. Par exemple, sur l’Agriculture. J’ai interpellé le ministre sur leur politique en matière d’agro-business. Je lui ai dit que le référentiel de leur politique, c’est la nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire "Nasa", un programme lancé en 2008 par le G8 en 2012. Il est établi que ce programme n’avait comme objectifs, l’accaparement des terres de nos paysans pour les multinationales agro-industrielles des pays du G8, noté dans le rapport de la commission européenne. C’est pourquoi j’ai entendu ce problème qui a lieu à Démette, un village de la région de Matam. Les populations du Lac de Guiers ont rejeté la phase expérimentale du Pedidas. Aujourd’hui, le Sénégal a emprunté 43 milliards qu’il a commencé à rembourser alors que le programme est toujours bloqué. Donc peuvent-ils nous dire exactement leur politique en matière d’agro-business. Je n’ai jamais eu de réponse jusqu’à présent.

Et sur la question du massacre de Thiaroye ?

J’ai interpellé le ministre de la Justice sur le massacre Thiaroye 44. Qu’est-ce qui les empêche d’ouvrir aujourd’hui les fosses communes pour donner une sépulture descente à tous ces martyrs. Les gens parlent de 300 au lieu de 35 victimes et aussi régler la question de l’indemnité définitivement. Il nous faut avoir la dignité désormais. Kagamé l’a fait pour le Rwanda, c’est parce que nous n’entreprenons pas cette mémoire sur nos tragédies qu’on continue à vivre ce qu’on vit. Sur les questions du pétrole, j’ai interpelé le ministre. Après la sortie de mon livre, je l’ai interpelé sur les conditions d’attribution de deux blocs à Total et l’on ne connaît qu’un bloc jusqu’à présent : c’est Rufisque offshore. Quel est le nom de l’autre bloc ? C’est pour les sénégalais. On a le droit de savoir si Total a payé le bonus.

Vous aviez aussi interpellé l’autorité sur le franc Cfa…

À dire vrai, nous n’avons pas de monnaie. Nous n’avons pas de politique monétaire qui nous est propre. En langage diplomatique, ils veulent leur dire que votre franc Cfa n’est pas bon. Il est trop fort pour votre économie parce qu’il est arrimé à l’euro qui est une monnaie d’économie très forte. Dans la zone, la moyenne est de 7%. Le Mali est en croissance, le Burkina est en croissance, la Côte d’Ivoire est en croissance. Tous les pays sont en croissance parce que c’est la conjoncture mondiale qui est favorable. Il suffit qu’il y ait des chocs exogènes pour le sentir parce qu’on n’a pas travaillé. Nous ne sommes pas des économies indépendantes. Le président croit que les marocains, les turques, les chinois, les japonais, les coréens se sont fait comme ça ? Ils ont été encadrés par leur État. Avec des politiques de protections tarifaires de quotas pour les étrangers qui veulent importer, de surtaxe à l’entrée pour que leurs filières se développent. Quand ils ont fini cette étape, l’État a financé. C’est l’État qui a fabriqué Yundai, qui a fabriqué Lg, qui a fabriqué Samsung jusqu’à ce que ça soit fort.

Que pensez-vous du budget, globalement ?

Un budget doit être sincère et équilibré. Nous avons constaté beaucoup de problèmes. Un budget sur lequel vous inscrivez des crédits pour des postes qui n’existent plus, c’est grave. Des secrétaires d’État qui ont été supprimés lors du dernier remaniement ministériel. Pour le Train Express, ils reconnaissent que c’est 800 milliards alors que dans le budget triennal, c’est 560 milliards qui sont inscrits. La différence, ils vont l’inscrire où ? Quand ? Et comment ? Ils y a beaucoup de problèmes dans le budget. Ce gap de 124 milliards ne pourra pas être comblé avant la fin de l’année. Ils doivent le reporter à nouveau. Il y a le dépassement budgétaire sur les ressources externes, ce qui fausse totalement le budget. La rémunération de certains fonctionnaires qui ne figure pas sur le budget et le ministre l’a reconnu. Ce qui veut dire que dans ce pays, il y a des recettes qui n’ont de traçabilité nulle part. Ce budget n’est pas sincère.

Quels sont vos regrets par rapport au Ptip ?

Ils ont réfléchi le développement des villes frontalières, Ziguinchor, Kolda, Matam, Kidira, Kédougou, par rapport à Dakar alors qu’on devrait le faire par rapport à la sous-région. Ces villes devraient être des pôles. Kédougou orienté vers le Mali et la Guinée Conakry, Ziguinchor orientée vers les deux Guinées et la Gambie, etc. Des pôles qui nous permettent de capter le commerce avec ces pays et après circuler à l’intérieur du Sénégal.

Les 25% du Ptip consacrés à Dakar ne vont pas permettre à Dakar de respirer. Les 18% de la population de Dakar ont dû quitter leur localité où l’État n’a rien fait depuis l’indépendance. C’est ça le problème de Dakar. Malheureusement, ils ne l’ont pas compris. Ils vont faire une ville nouvelle à Diamniadio, c’est-à-dire à la porte de Dakar. Regardez le potentiel de Ziguinchor, le potentiel de la région de Tambacounda, de Matam. Quand vous allez dans ces localités, vous avez envie de pleurer et on continue à engourdir à mettre des centaines de milliards à Dakar pour faire émerger le Sénégal.

Quelles sont vos craintes par rapport au Cfa ?

On a une économie introvertie qui est précocement tertiarisée. On devrait beaucoup travailler à développer le secteur secondaire. Le gouvernement va emprunter beaucoup d’argent, mais la part qui est réservée au secteur secondaire dans la formation de notre économie sera exactement la même que celle de 2012 dans le Produit intérieur brut (Pib). On a un secteur tertiaire très volumineux et ils ont été obligés de le scinder en tertiaire et en quaternaire, exactement comme les pays développés. Je leur ai dit que vous ne développerez jamais le Sénégal avec ce modèle. Je suis déçu par ce gouvernement qui ne me semble pas être à la hauteur. On ne développe pas un pays dans la démagogie, dans les effets d’annonce, dans la tricherie. J’aurai préféré qu’on nous parle d’année industrielle avant d’année sociale pour 2018.

Mais pourtant la bourse de sécurité sociale semble être une aubaine pour certains ?

Vous allez donner une bourse sociale à une famille que vous avez vous-même appauvrie en vendant notre pays à l’étranger, en donnant 80% de notre économie aux étrangers, en bazardant notre pétrole, notre or, notre zircon. Allez à Sabadola, ce qui se passe là-bas, c’est catastrophique. Les populations n’ont même pas de quoi manger alors que c’est des milliards que ces multinationales y gagnent. Vous les plongez vous-même dans la pauvreté par votre incompétence. Après vous revenez leur donner 100 mille par an, moins de 400f par jour. Et vous leur dites que les 40 mille francs doivent être bloqués pour la scolarisation de vos enfants. Au moment où vous leur donnez cette somme, il y a cinq garçons qui sont de l’autre côté qui ont leurs diplômes dont les trois n’ont pas de travail. C’est mieux de donner à ces diplômés de l’emploi, de gagner au moins 200 mille par mois, que de donner cette bourse dite sociale.

Alors globalement que pensez-vous du Pse ?

Le Pse c’est un plan bateau qu’on a vendu à tout le monde. Il y a Gabon émergent, il y a Togo émergent et autres. Ils parlent beaucoup de croissance. Mais la croissance n’est pas structurelle parce qu’on n’a pas modulé la structure de notre économie. Je vous jure, il suffit que le prix du baril du pétrole monte à 90 dollars aujourd’hui pour qu’ils perdent 3.0 voire 4.0 de croissance. Il suffit d’une mauvaise pluviométrie pour qu’ils perdent 3.0 voire 4.0 de croissance alors que la fluctuation du pétrole dépend exclusivement des Américains.

Seneweb


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